CLIN D’ŒIL DE DEUX BAROUDEURS : ALERTE SUR LA PLANETE

Depuis une dizaine d’années, Jacques et Christine GILLON parcourent la planète pour photographier les instants magiques d’animaux rares.

Baroudeurs passionnés

Toujours l’œil aux aguets d’une nouvelle image, ils se déplacent d’un hémisphère à l’autre n’hésitant pas à s’aventurer hors des sentiers battus dans des contrées insolites et parfois inhospitalières. Ils ont contemplé avec consternation les tourments de la Dame verte, en colère… !

Ces grands explorateurs du Nouveau Monde sont partis en avril 2007 contempler les combattants variés en Laponie à l’extrême nord de la  Norvège, sur la presqu’île du Varanguer. Ce sont d’étranges oiseaux qui viennent parader en ces lieux pour perpétuer la race. Peu à peu,  Jacques GILLON constate que cette péninsule a subi des changements en raison de la pression humaine : « les pêcheurs de saumon ont construit une plate forme à côté du site de parade de ces volatiles, ce qui a entraîné une perturbation ; les zones humides ont été asséchées, et ces oiseaux seront obligés de trouver d’autres sites de rencontre ».

En Indonésie

Jacques et Christine sont allés partager le quotidien d’une tribu indonésienne en faisant un treck de plusieurs jours dans la forêt du Gunung Leuser sur l’île de Sumatra (Gunung signifie en indonésien « montagne ») à la rencontre des orangs outangs. Selon les experts,  et au vu des prises incessantes faites pour les zoos du monde entier, et autres  trafics illégaux, nos cousins de Sumatra sont l’une des prochaines races de singe destinées à s’éteindre à très court terme, comme mourut le Dodo et le Tigre de Tasmanie.

« En effet, les hommes conquièrent des territoires pour cultiver le sol, ils défrichent les forêts, abattent illégalement les arbres pour le commerce de bois tropicaux, pratiquent les cultures sur brûlis, braconnent et font un trafic pour marché d’animaux de compagnie. Il faut ajouter  cette habitude malheureuse,  de loin la plus inquiétante : le défrichage des forêts pluviales afin de laisser place à de lucratives plantations géantes de palmiers à huile », observe Jacques GILLON.  C’est une espèce en voie de disparition !  Les plus pessimistes des observateurs la voient disparaitre dans les dix ans qui viennent.  Cet aspect dévastateur de l’homme est dénoncé par Yves Paccalet dans son essai (prix du pamphlet 2006 L’Humanité disparaîtra, bon débarras !) « L’homme, un poulet sans plume, ravageur impitoyable, destructeur, saccageur, qui déploie des bactéries, qui y retourne après avoir saccagé le poulailler ».

Dans les îles Célèbes, la forêt est clairsemée et les plus grosses fleurs du monde, les rafflésies géantes sont menacées par les bulldozers. Les dragons de Komodo n’existent que pour les touristes. Les tigres de Java, de Bali ne sont plus.

Les paysages sont parfois déconcertants. En survolant l’Equateur, les aventuriers ont fait la découverte du pic Jaya, son glacier fond à cause du réchauffement climatique.  « Un peu plus loin, les mines d’or, de cuivre, éventrent les montagnes, et ce minerai réduit en boue descend par des pipe-lines jusqu’aux cargos.  Des autochtones se voient attribuer des lopins de terre. Ils coupent, ils essartent et la terre est laminée par la pluie » déclare Jacques.

Madagascar

Les  globe-trotters ont  remarqué que la déforestation à Madagascar demeure parmi les plus préoccupantes du monde tropical ; l’érosion de la biodiversité s’avère très élevée.

« Nous avons été les témoins : la forêt tropicale humide brûle tous les ans, disparait dramatiquement. Ce sont les habitants eux-mêmes qui allument ces incendies immenses pour cultiver de nouveaux champs de riz ou de maïs »

L’île a réussi à faire ralentir le taux de déforestation dans le cadre de ses efforts pour mieux protéger sa flore et sa faune unique. Elle accueille des centaines d’espèces, allant du caméléon au lémurien en passant par les baobabs.

La quatrième plus grande île du monde souhaite conserver ses six millions d’hectares, soit dix pour cent de la totalité de sa  superficie en tant que réserve naturelle.

EN AFRIQUE

De septembre à février 2008/2009 ils sont allés visiter les parcs animaliers d’Afrique pour photographier tigres, lions, félins, et ces animaux sont parqués dans des réserves car en s’aventurant à la recherche de nourriture sur les terres des fermiers, ceux-ci n’hésiteraient pas à les tuer.

Dans les tribus primitives, ils s’habillent de tee shirts aux couleurs du Milan ou de Manchester United, de shorts à la gloire de Chicago Bulls,  sont chaussés d’Adidas. Ces communautés primitives sont menacées d’extinction par les maladies transmises par les envahisseurs (grippe, syphilis, rougeole…), l’économie marchande, la destruction de l’environnement. Explorateurs, colons ont frappé les indiens, les pygmées, ou bouchemans d’Afrique.  Les forêts originelles ont été rasées et l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies.  «  La terre fertile a laissé place à une latérite rouge, très dure, ou plus rien ne pousse ! », précise Christine.

Dans l’océan, le Dieu Poséidon pourrait s’arracher les cheveux ! Jacques GILLON, grand plongeur sous-marin a exploré quelques fonds, il déclare : « Les poissons ont été tués par ceux qui pêchent au cyanure, et on observe des grands trous causés par la dynamite. Des récifs de coraux ont été asphyxiés par la boue des fleuves. Or, c’est d’eux dont dépendent poissons, coquillages, mollusques. »

GALAPAGOS

« Nous sommes arrivés à Guayaquil en Équateur en mai 2008, avons pris un vol pour l’île de Baltra, sur l’île de Santa Cruz aux Galápagos. Nous étions un groupe constitué de neuf personnes sur un bateau, allant d’île en île. En raison du nombre de touristes de plus en plus élevé, la visite des îles ne peut dépasser sept jours ; une heure maximum  sur chaque île du lever au coucher du soleil. Tous les bateaux doivent impérativement donner leur plan de route avant chaque départ. Avant de quitter les Galápagos, la distance entre le centre ville et l’aéroport est minuté afin qu’aucune personne n’ait  le temps de faire un prélèvement. », dit Christine. 

Les espèces observées sont nombreuses : oiseaux en grande quantité, reptiles (dont la tortue géante des Galápagos), mammifères marins, insectes. Tous les reptiles, la moitié des espèces végétales et environ quarante pour cent des espèces d’oiseaux sont endémiques.

Extrêmement fragile du fait d’une flore et d’une faune exceptionnelles, l’archipel des Galápagos constitue une perle pour l’humanité. Cet ensemble d’îles est en grande partie classée en parc national et inscrite au patrimoine national de l’Unesco.  Une réserve marine complète le dispositif de protection, mais curieux de cette nature préservée, les touristes se sont multipliés (par trois en dix ans) et malgré les règles strictes d’accès, perturbent les espèces. Sans compter l’augmentation de l’immigration et donc de la population présente sur place !

En 2007 l’Unesco a donc décidé d’aller plus loin en inscrivant les Galápagos sur la liste des sites du patrimoine mondial en danger.

Les pires craintes peuvent être envisagées pour le futur de la faune sauvage de cette planète, car les impératifs de la croissance économique prennent le pas sur toute autre considération. C’est la raison pour laquelle Christine et Jacques, amoureux de la nature, veulent être les témoins de tous les moments privilégiés à observer les animaux dans leur milieu naturel.  Leur passion a été assouvie parfois au prix de situations cocasses ou dangereuses ; sur ce sujet là, Christine et Jacques ne manquent pas de souvenirs.

Avec des projets plein la tête,  le couple travaille sur les plus beaux sites animaliers du sud de l’Afrique, avec notamment un film de cinquante quatre minutes réalisé par Christine sur le Kalahari, jusqu’à leur prochain envol : Australie ou Costa Rica ? Leur cœur balance encore…

Jacques GILLON, chercheur en informatique et robotique mais aussi plongeur sous-marin mondialement reconnu, a obtenu plusieurs prix lors du festival international de la photo animalière de 2005 à 2008. Sa dernière réalisation le livre « Instant d’oiseaux » est paru aux éditions Sud Ouest, et écrit avec Claude Feigne ornithologue du Teich. Il est préfacé par Allain Bougrain-Dubourg. Il est d’ailleurs devenu l’un des deux photographes officiels du parc du Teich.

Pour plus d’évasions http://gillon.jacques.free.fr/ et http://jackandchris-inthewild.fr/

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